Le goût anglais du thé


Le goût anglais du thé

La découverte d'une boisson nationale


D'où vient la passion des Anglais pour cette boisson exotique? Les raisons sont multiples. C'est au milieu du 16e siècle que s'établissent les premiers contacts des Occidentaux avec l'Orient. Les premiers voyageurs et les missionnaires font mention dans leurs récits d'une boisson hautement prisée par les Orientaux et considérée comme un grand remède.

Mais ces observations ne soulèvent guère d'intérêt et ce n'est qu'au début du 17e siècle que débute l'importation de petites quantités de thé, d'abord en Hollande en 1610, puis en Angleterre vers 1650. Les Anglais consomment déjà depuis quelques années des boissons fortement sucrées telles le posset et les vins sucrés. Le thé sucré, d'abord réservé aux plus hautes classes de la société, devient rapidement une boisson d'agrément pour toutes les couches sociales. Mais c'est à partir du 18e siècle que la demande pour le thé et ses accessoires (tasses, théières, pots à lait, sucriers, etc.) progresse vraiment de manière phénoménale.

À cette époque, une livre de thé bon marché vaut le tiers du salaire hebdomadaire d'un employé spécialisé. Malgré cela, la croissance de consommation de cette boisson est très rapide. En fait, les Anglais boivent quinze fois plus de thé à la fin du siècle qu'au début ! Le duc de La Rochefoucauld notera même lors d'un voyage outre-Manche en 1784 : « L'usage du thé est général dans toute l'Angleterre. On le prend deux fois par jour et quoique ce soit encore une dépense assez considérable, il n'y a pas de plus petit paysan qui ne le prenne les deux fois comme le plus riche. »

En Europe, au 16e siècle, on commence à parler de cette boisson appelée chai, dont on raconte qu'elle est fort appréciée en Orient pour ses grandes vertus médicinales. C'est tout d'abord par le biais des commentaires des savants et des médecins que l'usage du thé se répand. D'autres hommes de science nient ces vertus et accusent le thé d'être une mode passagère. Le débat est passionné. Déjà en 1635, un physicien publie un tract alarmiste dans lequel il dénonce le thé comme ayant hâté la mort de patients âgés de plus de 40 ans. En 1678, le docteur Bontekoe, dans son Traité sur l'excellente boisson du thé, l'ouvrage le plus connu de l'époque, recommande d'en boire 8 à 10 tasses par jour et ne trouve rien à redire si quelqu'un en prend 50, 100 ou même 200 tasses par jour étant donné qu'il ingurgite lui-même de telles quantités !

Les premières coffee house londoniennes naissent en 1652. Ces maisons, où l'on sert du café, du thé, de l'eau de vie, du pain et des gâteaux, deviennent le centre de la vie sociale. Au début du 18e siècle, on en comptera plus de 500. En 1706, un marchand, Thomas Twining ouvre la Tom's Coffee House, le plus célèbre établissement de l'époque et le premier à se spécialiser dans le thé. En 1717, il y adjoindra un magasin de thé sec, le Golden Lyon où les dames sont admises, contrairement aux coffee houses habituels.

Le 18e siècle verra également apparaître les gardens dont les plus célèbres seront le Vauxhall et le Ranelagh (où Mozart, âgé de huit ans, jouait de ses compositions). Pour une somme modique, tous les Londoniens peuvent venir avec leurs familles prendre un thé et une collation, en écoutant de la musique ou en assistant à des spectacles.

Un autre indice de l'importance et de l'omniprésence du thé en Angleterre à cette époque est le célèbre « tea for two » qui est en fait le cri des colporteurs londoniens qui offrent un pot de thé pour deux pences.

©1996: Centre d'histoire de Montréal
Source de l'image: The Romance of Tea, 1936