Humilité et harmonie


Humilité et harmonie

La philosophie chinoise du thé


À partir du 8e siècle, l'usage du thé devient un mode de vie commun à tous en Chine, de l'Empereur au plus humble paysan. Des maisons de thé s'établissent dans les villes comme dans les villages. Les hommes s'y réunissent pour bavarder et s'adonner à des « concours de thé » qui consistent à identifier « à l'aveugle » différentes sortes et qualités de feuilles et d'eau. Ils peuvent y entendre de la musique et y admirer des oeuvres d'art. Les aristocrates peuvent se rendre à de petits pavillons privés dont certains sont splendides avec leurs murs en papier de riz, amovibles selon les saisons, meublés avec soin, parfumés de fleurs et d'encens rares, offrant de la musique, des conteurs ou des jeux; le tout visant à donner une ambiance poétique adéquate à la dégustation du thé. On peut également se faire servir le thé dans les bains publics, les hôtels, les magasins, etc. Des colporteurs déambulant dans les rues offrent aussi une infusion à ceux qui le désirent.

On y consomme uniquement du thé vert ou semi-fermenté. Le thé noir produit en Chine est entièrement destiné à l'exportation. Certains prétendent que le goût occidental pour le thé noir est le fruit d'une méprise. Des Européens ayant reçu une cargaison de thé qui avait fermenté lors d'un long voyage par bateau, crurent que c'était là l'habitude chinoise et y prirent goût comme tel.

Il existe une façon traditionnelle de servir les thés semi-fermentés. Cette cérémonie dite gongfu consiste à servir dans des bols minuscules plusieurs tournées du même thé qui ne s'infuse que durant quelques secondes à chaque fois. La théière et les bols sont déposés dans un plateau profond, car on doit d'abord verser de l'eau chaude dessus afin de les purifier et les réchauffer. On remplit une théière de feuilles de thé, on y verse de l'eau bouillante, puis on verse l'infusion dans une seconde théière. Le thé sera versé dans un premier bol où il ne sera que humé, puis dans un second dans lequel il sera bu.

Au 8e siècle, par le biais des échanges commerciaux, l'habitude du thé se répand aux Mongols, aux Tartares, ainsi qu'aux nomades tibétains. Pour ces peuplades se nourissant uniquement de viandes et de produits laitiers, le thé devient une part essentielle de leur alimentation, car il leur permet de combattre les maladies occasionnées par le manque de fruits et légumes.

Ils échangent des chevaux et des fourrures aux Chinois contre des feuilles de thé. Comme le voyage des caravanes dure de longs mois, le thé, transporté à dos de yacks doit être séché, écrasé et mis en briques. On en râpe une partie qu'on met à bouillir avec du sel et du beurre de yacks, puis le tout est fortement baratté de façon à produire une boisson très énergétique dans laquelle on fait tremper de l'orge grillée dont on fait des boulettes.

©1996: Centre d'histoire de Montréal
Source de l'image: Le Tao du thé en Chine, Taïwan 1983