La rivière de Jade


La rivière de Jade

Les origines du thé


Les origines du thé se perdent dans un passé mythique. Selon la légende chinoise, l'empereur Sheng Nung, appelé « le Divin Guérisseur », (2737 av J. C.), aurait découvert les vertus hygiéniques de la pratique de faire bouillir l'eau avant de la consommer et en aurait instauré l'habitude chez son peuple. Or un jour, alors qu'il est installé à l'ombre d'un arbre pour faire chauffer de l'eau, quelques feuilles tombent dans son récipient. C'est en goûtant au résultat de cette tisane improvisée que l'Empereur découvre le thé.

On prétend que Confucius (550 av J-C) aurait déjà parlé du thé, mais la première mention vraiment crédible se trouve dans un livre de médecine chinoise remontant à 350 av. J-C. Le thé y est considéré comme un remède utilisé sous forme d'infusion, de pâte ou d'onguent. Il sert de remontant, soulage les maux de tête et aide à la digestion. Rapidement, les Chinois y prennent goût et le consomment à toute heure du jour. Comme ces feuilles sont rares et chères, c'est d'abord chez les nobles que l'habitude se répand, mais elle finit par gagner toutes les classes de la société, des villes aux villages.

L'art du thé chinois, le Ch'a su, prend un grand essor sous la dynastie des T'ang (618-907), en partie grâce à l'amélioration du réseau de communications navales et routières et aux échanges commerciaux. Le peuple est aussi influencé par le grand attrait que cette boisson exerce sur les moines bouddhistes qui voient en elle, non seulement un moyen de rester éveillés pendant les longues nuits de méditation, mais également un bon substitut au vin de riz, le saké.

L'engouement pour le thé, surnommé « rivière de jade », est aussi attribué au poète Lu Yu vers l'an 780, dans un des ouvrages les plus populaires de l'époque le Ch'a Ching (le Classique du thé). Encore aujourd'hui, ce texte réédité à maintes reprises est considéré comme la « Bible du thé ».

La première tasse humecte ma lèvre et mon gosier, la seconde rompt ma solitude, la troisième pénètre dans mes entrailles et y remue des milliers d'idéographies étranges, la quatrième me procure une légère transpiration et tout le mauvais de ma vie s'en va à travers mes pores, à la cinquième tasse je suis purifié, la sixième m'emporte dans le royaume des immortels. La septième! Ah! La septième... mais je n'en puis boire d'avantage! Je sens seulement le souffle du vent glacial gonfler mes manches.

Lo-tung. Dynastie T'ang (7e-10e siècle)

©1996: Centre d'histoire de Montréal
Source de l'image: La Bible du thé