Tea Mania

Tea Mania

Les dures conditions de vie des coolies indiens


Après la chute du monopole de l'East India, de nombreuses plantations privées voient le jour. Dans les années 1850 et 1860 se développe une tea-mania, spéculation folle où des légions d'Anglais viennent établir leur propre plantation en espérant faire fortune. Les conditions de culture y sont très difficiles. Le thé poussant en pleine jungle, ce sont non seulement les plantations qu'il faut défricher, mais également les routes pour s'y rendre. Les nouveaux planteurs désirent obtenir la plus grande productivité avec le moins d'investissements possibles. Ils doivent donc embaucher des coolies de villages lointains et les amener aux plantations pour qu'ils y travaillent.

Engagés sous de fausses promesses de salaires et de conditions de travail, les coolies quittent leurs familles pour être entassés à bord des trains dans des conditions désastreuses. On n'engage pas assez d'employés pour défricher les terres et y cultiver le riz destiné à les nourrir. La sous-alimentation vient s'ajouter aux conditions climatiques torrides, à la dysenterie, aux fièvres et aux journées interminables de travail. Certaines plantations ont un taux de mortalité de 50 %, dépassant ainsi celui des plantations antillaises ou américaines de coton ou de canne à sucre. Ceux qui tentent de fuir la plantation sont poursuivis pour bris de contrat, mis en prison et châtiés par le fouet.

Dans de telles conditions, une très grande quantité de thé est effectivement produite, mais comme il est de qualité médiocre, il se vend mal. Une crise éclate en 1866 et de nombreux hectares sont laissés en friche. Dans les années 1870, la confiance revient peu à peu et les vrais planteurs reprennent la production à un rythme plus prudent et avec une nouvelle machinerie. Mais les conditions de vie des travailleurs ne s'améliorent que lentement et les thés d'Assam conservent longtemps leur mauvaise réputation. Par contre, leur qualité augmente grandement et certains, comme ceux du Darjeeling, sont maintenant considérés comme de grands seigneurs. De 1870 à 1900, les exportations de thé d'Assam augmentent continuellement et supplantent progressivement les thés chinois du marché anglais.

Au début du 20e siècle, bien qu'elle soit grande productrice, l'Inde consomme peu de thé. Si dans les classes supérieures, on adopte rapidement la coutume anglaise, l'habitude se répand lentement dans le reste de la population. Aujourd'hui, le thé est devenu la boisson nationale de l'Inde et 65 % de sa production est consommée au pays. Implanté par des étrangers, uniquement pour leurs besoins et profits, le thé a fini par devenir un des éléments essentiels de l'économie et de la culture indienne.

Tout le monde boit du thé, partout et à la moindre occasion. On retrouve de nombreuses petites boutiques en plein air où l'on peut en consommer. Il est commun de voir des autobus, des camions ou des voitures s'arrêtant sur le bord des routes afin de permettre à leurs passagers de prendre un thé. Même dans les gares, on peut acheter du thé dans des tasses en terre cuite que l'on brise ensuite en les jetant par terre. Souvent, on prend le Masala Chai, un thé bouilli avec beaucoup de lait, du sucre et un mélange d'épices (poivre, cardamone, girofle, etc.).

Le Ceylan est entièrement consacrée à la culture du caféier lorsqu'en 1869 un champignon parasite ravage ses plantations. Acculés à la faillite, les producteurs se convertissent donc massivement à la culture du théier.

Suite à cette brusque reconversion des plantations, une nouvelle main-d'oeuvre doit remplacer l'ancienne, spécialisée uniquement dans la culture du café. Les planteurs font donc venir plusieurs ouvriers tamouls de l'Inde. Ces Tamouls, pauvres et de basse caste, ne se mêlent jamais aux anciens Tamouls dont la présence sur l'île remonte à plusieurs siècles et qui constituent l'élite de la société. De nos jours, ces nouveaux Tamouls demeurent fidèles à l'Inde, alors que ceux d'ancienne souche réclament l'indépendance du Sri Lanka, ce qui entraîne luttes et frictions entre ces groupes.

On ne peut passer sous silence l'importance du marchand anglais Thomas Lipton (1850-1931), qui avait fait fortune aux États-Unis en ouvrant une chaîne d'épiceries. Après avoir acheté à bas prix d'immenses terres de cette île, il y exploite des plantations de thé. Il constitue une des figures marquantes de l'histoire de Ceylan et du thé en général.

Les plantations sont nationalisées en 1975, mais ce sont les compagnies multinationales qui possèdent les moyens financiers et techniques pour le traitement et la commercialisation du thé. Classés selon l'altitude où ils croissent, les thés du Ceylan possèdent une réputation mondiale qui les situe parmi les grands seigneurs.

©1996: Centre d'histoire de Montréal