Nâa-naa


Nâa-naa

Le thé dans les pays arabes


Les Arabes connaissent le thé depuis le 9e siècle par le biais des échanges commerciaux avec la Chine et le Japon. Certains de leurs récits anciens font mention de cette boisson. Pourtant leur intérêt ne semble guère avoir été éveillé avant le 19e siècle.

À cette époque, la production de thé en Inde prend un grand essor, entre autre à cause de la mécanisation des plantations. Les Anglais commencent à s'inquiéter de cet essor et se mettent à rechercher de nouveaux débouchés. Ils décident donc d'initier les pays arabes, afin de liquider leurs surplus de stock. Ces peuples, qui ne boivent à l'époque que des infusions de menthe ou d'absinthe, font un bon accueil au thé, en le combinant à leurs tisanes pour en atténuer l'amertume.

En fait, le thé est si bien accueilli qu'on se met à en consommer à toute heure du jour et il devient même la boisson nationale, intimement associée à l'hospitalité et à la sociabilité. Sur les 20 pays du globe consommant la plus grande quantité de thé annuellement, la moitié sont des pays arabes (la Turquie, le Qatar, l'Iraq, le Koweit, la Tunisie, l'Égypte, la Syrie, la Jordanie, le Maroc, l'Arabie Saoudite). Plusieurs pays islamiques, dont l'Égypte, le Pakistan et l'Arabie Saoudite importent et consomment du thé noir, tandis que le Maroc et l'Afghanistan sont deux grands consommateurs de thé vert.

Les trois tournées de l'hospitalité

Dans les pays arabes, le thé à la menthe, le Nâa-naa, est la boisson rituelle de l'hospitalité. En plus d'aider à la digestion des mets gras et épicés, on croit qu'il permet de calmer les esprits angoissés, de soigner l'insomnie, de réveiller les assoupis, d'aiguiser les sens, de dompter une jeunesse trop exubérante et de soulager les maux de la vieillesse. Il est servi dans les palais comme dans les foyers les plus humbles, dans les bureaux, les boutiques, les marchés ou les cafés et cela, à toute heure du jour. Le thé ne se refuse jamais.

Dans ces pays, le rite du thé est une affaire exclusivement masculine. C'est au chef de famille ou au fils aîné qu'il revient de le préparer et de le servir. Pour ce faire, l'hôte met deux ou trois cuillerées de thé vert dans une théière, les ébouillante puis dépose immédiatement le tout dans une passoire, afin de nettoyer les feuilles et de leur enlever un peu d'amertume. Il verse à nouveau de l'eau bouillante sur le thé (souvent du gunpowder) et y ajoute les feuilles de menthe précédemment lavées. Après avoir laissé infuser le tout, il y ajoute des morceaux de sucre qu'il a prélevé du pain de sucre. Il en sert un verre qu'il remet immédiatement dans la théière et répète parfois cette opération une seconde fois. Le thé est versé de très haut afin de l'oxygéner, puis il est ensuite servi dans des grands verres de cristal peints.

Le thé est toujours servi en trois tournées. Pendant que les invités dégustent la première, qui parfois ne contient pas de menthe, le maître de maison laisse les feuilles dans la théière, y rajoute du thé, de la menthe, du sucre et laisse infuser le tout. Cette seconde préparation est plus corsée que la première. La troisième tournée s'effectue de la même façon et le thé sera encore plus fort. Parfois, une quatrième tournée, faite sans ajouter de thé, est réservée aux enfants.

Un proverbe arabe exprime bien la notion des trois tournées :

©1996: Centre d'histoire de Montréal
Source de l'image: Anne Marie Collins