L'ère de la contrebande


L'ère de la contrebande

D'une boisson à la mode à une denrée indispensable


L'Empereur chinois K'ang Hi déclare en 1684 une certaine liberté du commerce extérieur. Ceci permet aux Anglais d'établir leur commerce par le biais de la East India Company. En 1600, cette compagnie avait reçu de la reine Élisabeth une charte lui accordant le monopole de l'ensemble du commerce oriental. Bientôt, elle écrasera les autres compagnies, hollandaises, françaises, etc. et deviendra le principal exportateur de produits chinois en Europe.

À ses débuts, cette compagnie fait surtout le commerce des épices, mais la croissance exceptionnelle de la demande pour le thé en fait son principal produit d'importation. Au début du 18e siècle, l'Angleterre importe 20 000 livres de thé et ce chiffre passe à plus de 2 millions de livres en 1750.

En réalité, il est impossible de connaître exactement la quantité de thé importée en Angleterre à cette époque. De lourdes taxes ayant été instaurées au milieu du siècle précédent par Olivier Cromwell, tout un réseau de contrebande voit le jour. Des nobles aux humbles en passant par les clergymen, a peu près tout le monde y est impliqué. On dit même que les paysans sont si occupés par cette pratique qu'il ne s'en trouve presque plus pour cultiver les terres. Au dernier quart du 18e siècle, on estimera qu'environ 1/3 seulement du thé est importé légalement.

Ce problème de contrebande se règle en 1783, alors que les taxes passent de 114 % à 12,5 %. En considérant le thé comme un produit de luxe, l'état anglais est convaincu qu'une surtaxe rapportera de bons profits. Les dirigeants ne réalisent pas que le thé est devenu une denrée essentielle au peuple et que si les gens n'ont plus les moyens d'en acheter, ils trouveront d'autres moyens de s'en procurer, quitte à être dans l'illégalité et à favoriser l'économie étrangère.

©1996: Centre d'histoire de Montréal
Source de l'image: Histoire du thé, Tea Bureau, s. d.